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RENVERSEMENT DE RÔLE DANS LA PRISON CENTRALE DE MAKALA

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Fruit de l’expérience personnelle de l’auteur — incarcéré injustement pendant près de cinq ans (de septembre 2009 à avril 2014) à la Prison Centrale de Makala (PCM) à Kinshasa —, cet essai dresse un diagnostic sans concession du plus grand établissement pénitentiaire de la République Démocratique du Congo.

L’ouvrage met en lumière un paradoxe saisissant : face à la faillite et à la démission de l’État dans ses fonctions régaliennes de prise en charge des détenus, la prison est devenue un « microcosme nihiliste » autogéré. En raison du sous-effectif, du manque de formation et de la misère des gardiens, un renversement des rôles s’est opéré. L’administration pénitentiaire a tacitement délégué ses pouvoirs de discipline et de sécurité à une structure interne autogérée par les détenus eux-mêmes : le Kaïsala (devenu par la suite la Brigade de paix et de sécurité).

Loin de se limiter à un simple tableau de misère, le livre démontre une formidable ingéniosité humaine face à l’adversité. Les prisonniers ont développé une économie souterraine florissante (petits commerces, artisanat, services domestiques, réseaux d’approvisionnement) qui brasse des millions de dollars par an. Toutefois, cette organisation génère aussi des dérives mafieuses, du racket et une oppression généralisée au profit d’un réseau corrompu. Enfin, l’auteur plaide pour une prise de conscience collective afin de transformer ce milieu carcéral en une véritable pépinière de réinsertion et d’acteurs de développement.

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L’ouvrage s’articule autour de trois grandes parties précédées d’une introduction générale et suivies d’une conclusion prospective :

1. Première partie : Présentation de la PCM (Origines et organisation)

  • Historique et cadre : Construite en 1958 par l’administration coloniale belge (dans la commune de Selembao à Kinshasa) pour une capacité initiale d’environ 1 500 places, la prison a brièvement été rebaptisée CPRK (Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa) sous l’AFDL avant de retrouver son nom d’origine.
  • Explosion démographique : La population carcérale a connu une hausse vertigineuse (dépassant les 6 000 détenus dès 2011 et atteignant plus de 15 000 détenus ces dernières années), alimentée par la lenteur des procédures judiciaires, les détentions préventives abusives, l’interférence politique et la pauvreté.
  • Dysfonctionnement structurel : Les surveillants, mal payés et non formés, monnayent leurs services (fouilles, rapports médicaux, transferts), créant une porosité totale de la sécurité.

2. Seconde partie : Survivre dans la Prison Centrale de Makala (Jeu ya kati)

  • Stratégies de survie : Pour échapper à la mort et compenser l’absence de rations alimentaires de qualité, les détenus déploient des trésors d’ingéniosité à travers le jeu ya kati (la ruse permanente). Ils ouvrent des échoppes de commerce, réparent des appareils, exercent des métiers (coiffure, cordonnerie) ou louent des postes téléviseurs.
  • Le système Kaïsala : Décrit comme la pierre angulaire du fonctionnement interne de Makala, le Kaïsala est une milice disciplinaire composée de grands condamnés sans attaches à Kinshasa. Dirigée d’une main de fer par un « Commandant général » en accord avec la direction, cette structure gère l’ordre, étouffe les évasions, mais fait surtout office de machine à sous financière (perception de taxes, frais d’installation des nouveaux arrivants, amendes et rackets).

3. Troisième partie : Activités génératrices de revenus et perspectives d’avenir

  • Évaluation financière : À l’aide de tableaux minutieux basés sur des enquêtes de terrain, l’auteur évalue l’économie globale de la prison. Il démontre que les activités non liées au Kaïsala (petits commerce, marchés d’approvisionnement extérieurs) et celles liées au Kaïsala génèrent une masse financière colossale estimée à plus de 2,5 millions de dollars américains par an.
  • La prison comme pépinière de développement : L’auteur refuse le fatalisme. Il soutient que la majorité des détenus sont des victimes collatérales de la crise socio-économique globale de la RDC (pauvreté, chômage, absence d’État providence).
  • Pistes de solutions : L’ouvrage s’achève sur un vibrant plaidoyer invitant l’État, la société civile et les partenaires extérieurs à réformer le système carcéral par :
    • L’instauration de programmes d’alphabétisation et de récupération scolaire.
    • La promotion et la formation aux métiers techniques pour professionnaliser les détenus.
    • Une prise de conscience éthique et patriotique (inspirée notamment d’un modèle de responsabilité parentale et citoyenne) afin que les prisons ne soient plus des antichambres de la délinquance, mais des lieux de réhabilitation et de réinsertion sociale effective.

 

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